L’Amorce

Occurence, 2018

English follows

De quoi parle-t-on ?
De chutes. De chutes et d’amorces.

Tu en as beaucoup ?
J’en ai des boîtes et des boîtes. Elles attendent.

Quels mots tu utilises pour évoquer ton travail ?
Il y a évanescence, disparition, apparition, lumière.
Empreinte.
Accident.
Et puis il y a les choses qu’on décide de ne pas dire.

Et ce qu’on décide de ne pas montrer ?
Oui. Parfois, il faut renoncer à des images qui étaient importantes pour nous.

Pourquoi ?
Parce qu’elles sont en trop. Je raconte des histoires à travers ce que je ne montre pas. Souvent, tout se construit autour d’une image que je dois enlever à la fin pour que ça fonctionne.

Elle revient plus tard ?
Elle peut. Le moment de l’exposition n’est pas un point final.

Ça enferme tes images de mettre des mots dessus ?
Pas du tout. Ça m’aide à les faire vivre.

Le texte est le fruit d’un entretien entre l’artiste et Céline Huyghebaert.

Les photographies ont été réalisées à L’imprimerie, centre d’artistes. L’artiste tient à remercier pour son soutien financier le Conseil des Arts du Canada. Elle remercie également Caroline Boileau, Yann Pocreau, Claire Moeder, Céline Huyghebaert et toute la fabuleuse équipe de L’Imprimerie pour leur accompagnement très précieux dans toutes les étapes de réalisation du projet.

Le Prix de la relève en photographie de Montréal, organisé par L’imprimerie, centre d’artistes en collaboration avec Occurrence Espace d’art et d’essai contemporains, vise à reconnaître et à encourager le travail exceptionnel d’un artiste en début de carrière. L’imprimerie et Occurrence remercient chaleureusement le Conseil des arts de Montréal et le magazine Ciel Variable pour leur soutien.


Occurrence and L’imprimerie, centre d’artistes are happy to present in partnership Janie Julien-Fort’s L’amorce (The starting point) for the Montreal Emerging Photography Award.

What is this project about?
It’s about scrap film. Scrap film and works in progress.

You have a lot of those?
I have boxes and boxes full of them, just waiting for me.

What words do you use when describing your work?
There’s evanescence, disappearance, reappearance, light.
Trace.
Accident.
And then there are words I choose not to use.

And are there things you choose not to show?
Yes. Sometimes you have to give up on certain images that are very important to you.

Why?
Because they don’t fit into the work anymore. I tell stories through what I keep hidden. Often a whole piece will revolve around a single image that I have to take out for the rest to work.

Can these images make it back into the work later?
They can. The exhibition is not the be-all end-all.

Do you feel it’s somehow reductive to put words on your images?
Not at all. It helps me bring them to life.

The text is the result of an interview between the artist and the author Céline Huyghebaert.

Photographs were produced at L’imprimerie, centre d’artistes. The artist would like to thank the Canada Council for the Arts for their financial support, as well as Caroline Boileau, Yann Pocreau, Claire Moeder, Céline Huyghebaert and the wonderful team at L’Imprimerie for their invaluable support throughout every step of the project.

The Montreal Emerging Photography Award, organized by L’imprimerie, centre d’artistes in collaboration with Occurrence Espace d’art et d’essai contemporains, aims to recognize and encourage exceptional work by an emerging artist. L’imprimerie and Occurrence would like to give special thanks to the Conseil des arts de Montréal and Ciel Variable magazine for their precious support.

 

English follows

Au moment d’insérer une pellicule dans son appareil, le photographe doit voiler une partie de celle-ci avant de commencer à prendre des photos. Je collectionne ces intervalles entre le moment où le film a été brulé par la lumière et celui où l’image apparaît. J’en ai accumulé des milliers provenant de plusieurs photographes différents. Chaque artefact est unique, ils évoquent tantôt des paysages embrumés, tantôt une écriture indéchiffrable.

Je conçois ces espaces lumineux intermédiaires comme une métaphore de la création. Ces interstices représentent à mes yeux la frontière entre ce qui est et ce qui reste à venir. Ils me fascinent, car ils constituent la première trace de l’acte photographique ; l’empreinte lumineuse dans sa plus simple expression ; l’amorce d’une multitude de devenirs. Cette rencontre de l’ombre avec la lumière est à l’origine de l’inscription d’informations sur la surface photosensible, mais également selon de nombreuses croyances à l’origine du monde dans lequel nous vivons.

Grâce à une subvention du Conseil des arts du Canada et au prix de la relève en photographie, j’ai entamé une vaste recherche avec ces artefacts à travers une variété de médias. Par le biais de la répétition, de l’alternance, de la superposition, de la juxtaposition et de jeux de transparence, je réalise des animations image par image, des impressions numériques, des photogravures et des collages. Les éléments microscopiques de manipulation d’atelier se trouvent magnifiés laissant apparaître des touches colorées, des traces de doigts, des égratignures, des accidents et des poussières. Nous basculons ainsi de la vaste étendue du paysage à la vue macroscopique du processus de création des images.


When a photographer loads a roll of film into the camera, part of it inevitably gets fogged. These are what I collect, the intervals between when the film is burnt by light and when the first image appears. I now have accumulated thousands from various photographers, each a unique artefact, reminiscent of fog-ridden landscapes or indecipherable writings.

I see these luminous intermediate spaces as metaphors for creation. To me, these interstices represent the boundary between what is and what has yet to come. They fascinate me because they constitute the very first trace of the photographic act, the stamp of light in its simplest form, the starting point (l’amorce) of many possible futures. This meeting of light and shadow is the foundation for the recording of information on a photosensitive surface, but also, according to many beliefs, the origin of the world we inhabit.

Thanks to funding from the Canada Council for the Arts and the Montreal Emerging Photography Award, I have started a vast research project on these artefacts across a variety of media. Through repetition, alternation, superposition, juxtaposition and transparency, I create stop motion animations, digital prints, photo-engravings and collages. Microscopic manipulations in the studio are magnified to reveal colourful blotches, fingerprints, scratches, mishaps and dust particles, as vast stretches of landscape open up to offer a macroscopic glimpse into the image-making process.

 

instagram: @l_amorce_